L'Afghanistan encore

La semaine du 14 juillet 2011, 7 soldats français avaient perdu la vie en opérations en Afghanistan. La Nation avait rendu un vibrant hommage et s'était inquiétée du sort de ses militaires et de l'intérêt de ce conflit lointain. Six autres soldats sont morts depuis, jusqu'au 29 décembre où deux légionnaires ont été tués par le tir délibéré d'un militaire de l'armée afghane. Ce vendredi 20 janvier et pour la deuxième fois, un autre "infiltré" dans la régulière a tué quatre militaires français et blessé quinze autres. Selon le New York Times, de plus en plus de soldats de la coalition sont tués par des  militaires de l'armée afghane, qu'ils ont pourtant entrainés et avec qui ils combattent. Le fossé se creuse entre Afghans et Occidentaux, le mépris mutuel, l'animosité, la violence s'affichant dans ces meurtres délibérés tout autant que dans les vidéo de Marines urinant sur des cadavres talibans. Et la question se pose de la stratégie d'Obama de former une armée afghane apte à combattre les talibans en 2014 en lieu et place des troupes de l'OTAN. Comment former des soldats qui vous sont hostiles, comment croire que ces soldats poursuivront la mission assignée et que les Occidentaux ne laisseront pas un pays dans la désolation, pire que celui qu'ils ont trouvé dix ans auparavant car divisé et meurtri?
Pour rester jusqu'en 2014, il suffit de convaincre que ces actes barbares sont isolés, et Hamid Karzaï s'y est employé auprès du ministre français de la Défense. Mais qui peut croire ce président afghan tellement corrompu, et qui peut croire que des mesures efficaces seront prises pour démasquer les infiltrés quand on sait que les services de vérifications sont eux-mêmes infiltrés?
Les premiers objectifs de cette guerre étaient atteints rapidement, il y a dix ans, avec deux mille hommes. Mais comme le rappelait le général Desportes, la dérive des buts a entrainé la dérive des moyens, et 120 000 hommes sont embourbés dans une guérilla contre un ennemi de moins en moins identifié. Comment sortir le plus honorablement de ce guêpier sans laisser un champ de mines est la seule question à résoudre, en concertation avec nos alliés et non pas isolément.
En cette période électorale qui conduit au nombrilisme, la presse a tenu à rappeler les 82 morts français et l'opposition a pu ainsi mettre tous les indignés de son côté. Son leader a même promis un départ des troupes françaises avant la fin de 2012 en concertation avec Hamid Karzaï, nous éclairant ainsi sur sa compréhension du mot concertation. Les média ont préféré interviewer la veuve éplorée d'un brigadier plutôt que de rappeler que les Britanniques avaient perdu dans le même temps 395 soldats, les Américains 1880, la coalition 2880 (Le Point). La stratégie américaine de cette guerre n'a jamais été bien claire, et les Européens qui ont envoyé 40 000 soldats, soit un tiers des forces, devraient se concerter pour définir leur stratégie et non suivre un calendrier américain. 
"Qu'ils reviennent tous auprès de leur famille (...). Qu'ils rendent les pères à leurs enfants, à ceux qui ont encore la chance d'avoir un père". Qui ne comprend la douleur de cette veuve? Si le gouvernement devait prendre des décisions sous la pression d'une émotion publique, nous n'aurions rien retenu de l'Histoire. C'est Daladier qui revient, ou Chamberlain.

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