La campagne présidentielle qui n'en finit pas de ne pas commencer laisse les Français désenchantés. A moins de cent jours des élections, nous n'avons aucune idée des mesures que les candidats prendront pour endiguer la crise, à l'exception de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Par pure idéologie, ces deux-là ont décidé d'ignorer le monde extérieur et de ne satisfaire qu'une minorité de Français, de plonger la France dans un isolement funeste. Il reste donc trois candidats potentiels, le troisième risquant d'être choisi par défaut. François Bayrou rêve d'une revanche après cinq ans de traversée du désert, et a des mots justes pour condamner les déficits mais bien peu de remèdes. Nicolas Sarkozy, affaibli par la conjoncture et des postures inappropriées, sentant la défaite possible et mesurant le rejet entretenu par les média, perd son calme, de sa magie, et attend la faute de l'adversaire et/ou son programme avant de se déclarer. Saura-t-il prendre de la hauteur et rassurer les Français qui doutent, qui ont peur de l'avenir? Et enfin, François Hollande dont la nouvelle taille de sylphide prouve la détermination, mais qui patauge depuis son succès aux primaires. Il accumule les fausses notes sans pour autant dévoiler un programme qu'il n'avait su élaborer en dix ans à la direction de son parti. Après les 60 000 fonctionnaires de l'Éducation Nationale, chaque jour remis en cause, puis l'âge de la retraite, la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu, le plan anti-nucléaire que ses proches dénient, le quotient familial mis en cause puis modulé, il vient de lancer sa dernière perle: le blocage du prix de l'essence, ou la TIPP flottante (Taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers).
Une bourde de plus car, si l'on en croit Europe 1 de ce matin, l'expérience a déjà été tentée par le gouvernement Jospin et a coûté 2,7 milliards de recettes sans rapporter plus de 20 à 30 euros annuels au consommateur. Ce qui est le plus grave et que révèle cette annonce maladroite, c'est l'obsession de nos candidats à conforter le pouvoir d'achat des classes moyennes quitte à creuser le déficit. Comment croire que la France remboursera sa dette de près de 2000 milliards sans diminuer le pouvoir d'achat? Comment croire dans une société mondialisée qu'un État peut réguler les cours de matériaux côtés à la bourse de Londres, ou de Chicago? Si l'État est prêt à protéger le citoyen d'augmentations exorbitantes de produits indispensables, il doit en parallèle trouver une ressource équivalente pour ne pas accroître son déficit mortifère. Nicolas Sarkozy a déjà fait l'erreur d'imposer un bouclier fiscal sans le compenser par une recette, ne comptant que sur la croissance, il ne faudrait pas que cette démarche se perpétue chez ses successeurs, soucieux de ne pas déplaire.
Se pose aujourd'hui le problème de l'élection au suffrage universel qui contraint le candidat à plaire, à ne pas dire la vérité. Tous nos trois candidats savent ce qu'il faut faire pour rétablir la compétitivité de la France et retrouver un budget en équilibre: baisser et retarder les retraites, réduire d'un million le nombre de fonctionnaires, faire participer les malades à leurs dépenses de soins de santé, et bien d'autres douceurs. Qui serait élu avec un tel programme? Il nous sera imposé par le FMI, Mélenchon pourra donner de la voix, et la France de gronder contre le capitalisme.
Alors, en attendant, on propose des mesurettes: la TIPP pour les classes moyennes, le chômage technique pour les ouvriers, la TVA sociale pour tous, mais pas plus de 1% sinon on tue la croissance et les pauvres... Pourquoi sommes-nous condamnés à cette médiocrité, cet immobilisme? Et pourtant, un président sera élu qui devra prendre des mesures drastiques, ou il partira chassé, comme Papandréou.

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