L'ancienne et la nouvelle année

Les radios de ce dernier matin de l'année nous décryptaient 2011, comme si le temps se découpait en morceaux et qu'il fallait donner un sens à chacun, comme si le calendrier grégorien facilitait l'analyse de l'évolution planétaire. Et pourtant le temps s'écoule avec fluidité, lentement, inexorablement. L'espace et le temps, éléments constitutifs de l'homme, les "deux formes a priori" de sa sensibilité nous disait Kant, mais le sensible n'est qu'une partie de l'intelligible. Le résumé radiophonique de l'année 2011 nous le confirmait. La fin des tyrans, entendions-nous, de Ben Laden à Kim Jong-il en passant par Kadhafi, la fin des oppressions dans les pays arabes avec les départ des Moubarak et autres Ben Ali, la fin des despotismes même sexuels avec l'explosion en plein vol de DSK. Les peuples peuvent rêver, d'autres tyrannies se trament. Les femmes, plus réalistes, hésitent à rêver depuis qu'elles ont vu l'acharnement des amis de DSK et de Polanski à défendre leurs turpitudes. Les journalistes ne pouvaient éviter Fukushima et la peur du nucléaire, le délire obsidional, ni les vœux de tous les prétendants à la magistrature suprême. Tous appellent au changement, avec eux à la tête, à un monde plus juste où l'argent n'est pas roi. Tant de gens se désignent par ce qu'ils dénoncent. Et s'agissant de la crise sévère qui s'abat sur l'Europe, il leur suffit de laisser croire qu'un changement d'homme ou de politique retournera la situation. L'utopie est à nos portes, avec l'affirmation de principes plus utiles que vrais. Ce peut être suffisant pour être élu. De toute façon, le verdict du réel ne vient que très tard en politique.
Et pourtant, que rêver d'autre que d'une société où s'élèverait le niveau de conscience et de responsabilité collective, où chacun traiterait l'autre comme une fin, non comme un moyen de s'enrichir. Pourrait-on apprendre le désintéressement à notre jeunesse, par l'étude et la recherche de l'inutile, l'amour de l'art et des problèmes abstraits? Être désintéressé, ce n'est pas mépriser l'argent, c'est avoir pour mobile essentiel le désir d'accomplir une tâche d'intérêt commun. Le désordre naît quand ce désir n'est plus dominant. Et surtout arrêter de vouloir limiter les égoïsmes, comme le disait Hume, mais élargir les sympathies. Il rajoutait que la question politique n'est pas une question de limitations institutionnelles, mais un acte d'invention et de création toujours renouvelé. Déchiffrer, créer, penser, désirer, expérimenter, soyez en devenir aurait dit Deleuze, pour se construire, s'accomplir, et si chacun s'y efforce, la vie sera belle. Bonne année!

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