Insulte raciste

La chasse aux sorcières, initiée par l'Église car elles incarnaient le diable qui s'oppose au Royaume de Dieu, amplifiée par la Réforme, atteint un paroxysme en 1600 quand la justice pénale,  impitoyable, cherche à soustraire la société à l’influence du Diable. À l’aube des Lumières, ces accusations provoquent des scandales et la dynamique de la Chasse s’épuise. Il suffisait de s'exclamer avec force "une sorcière, c'est une sorcière" pour que la victime se retrouve sur un bûcher. Les mots tuent, mais les mots qui condamnent changent selon les époques. Ces mots ne doivent jamais être définis, chacun peut ainsi imaginer à sa guise le danger ou le concept qu'ils représentent. Le mot "bourgeois" suffira à vous envoyer dans des goulags, le mot juif dans les camps de concentration, le mot fasciste à vous discréditer et exclure de la politique. Aujourd'hui, il est une insulte suprême qui vous envoie au tribunal: "raciste". Un arbitre de touche vient d'en faire les frais ce samedi. Un joueur de football agité, en photo, manifeste pour une faute non signalée, s'enflamme, est exclu, puis vitupère violemment contre cette décision. L'arbitre assistant, excédé, aurait dit "dégage, l'arabe", version contestée par l'auteur. Un joueur guinéen, témoin, s'est rétracté depuis. Ce qui est grave, c'est l'émotion, l'effroi suscité en haut lieu par cette phrase, le ramdam provoqué par ce qui n'était pas insultant il y a vingt ans, qui n'est pas insultant sur un autre continent, encore moins sa réciproque. Le président de la Ligue de football est catastrophé et la sanction sera lourde si le mot "arabe" a été prononcé, sans compter que la justice va se mêler des altercations entre footballeurs. Elle n'a que ça à faire! Quel monde imbécile construisons-nous? A quand le nouveau siècle des Lumières?
De nos jours, à l'invective discriminante, préférez le coup de boule, celui de Zidane fut cautionné par le Président Jacques Chirac. Certains mots brisent une carrière, vous conduisent au pénal. A ce sujet, les commentaires des internautes du journal "Le Monde" sont édifiants, l'arbitre est trainé plus bas que terre. En d'autres circonstances, ce journal a défendu la présomption d'innocence, alors que dix fois par jour, depuis quatre ans, les internautes y traitent le Président de la république de nabot, de voyou et d'autres noms d'oiseaux. Ce n'est pas condamnable, ces offenses ne concernent pas une ethnie, que Nicolas Sarkozy. 
Hier, notre Johnny national, répondant à une question idiote a dit que Alain Delon était un vrai mec, et que "lui n'était pas pédé". Un conseiller municipal de Bordeaux veut l'interdire de stade, bien qu'il se soit excusé. Aujourd'hui, nous dit Le Monde, l'attaquant uruguayen de Liverpool Luis Suarez a été condamné pour insulte raciste auprès du Français Patrice Evra: suspension de huit matches et amende de 40 000 livres. Luis a traité Evra de negrito, "petit noir" en espagnol, qui n'aurait pas de caractère raciste chez lui. Luis est métis, son grand-père était noir. Ils sont devenus aussi fous en Angleterre.  A moins que l'Europe ne soit qu'un laboratoire avant la création de la société idéale,"garde-à-vous et pensée unique", que les Soviétiques n'ont pas réussi à créer, malgré leurs camps d'entrainement appelés goulags.

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