Au lendemain du 11 novembre, où le Président Sarkozy voulait honorer tous les militaires morts pour la France dans quelque conflit que ce fut, un légionnaire vient de tomber sous le feu d'un insurgé dissimulé dans la foule afghane. Quelques jours après la cérémonie où étaient à l'honneur les familles des 24 soldats morts pour la France depuis un an en Afghanistan, le deuil du 76e soldat dans cette guerre frappe encore la Nation. "Je veux leur dire aujourd'hui que la Nation ne les oublie pas et qu'elle leur exprime sa gratitude" soulignait le Président dans ce même discours, et il poursuivait "c'est l'honneur d'un grand peuple de respecter ses soldats et d'honorer ceux qui sont morts pour le défendre".
Ce n'est pas la conception de l'honneur de Kassovitz qui préfère honorer la mémoire des indépendantistes Kanaks morts dans la grotte d'Ouvéa plutôt que celles de leurs victimes gendarmes. Kassovitz a suffisamment exprimé son point de vue partisan sur la toile pour qu'on hésite à voir son film. Après les violences policières dans son film "La Haine", après ses doutes sur la version officielle du 11 septembre, maintenant les violences militaires dans son film "L'ordre et la Morale" avec en toile de fond la repentance. La France ne respectait pas l'âme Kanak, du moins celle des indépendantistes minoritaires: d'où une attaque de gendarmerie et quatre morts dont un à la machette et vingt sept otages séparés en deux groupes. Le premier groupe rendra les otages trois jours après, mais le deuxième refusera de négocier pendant treize jours, lâché par les leaders du FLNKS qui refusaient d'assumer la mort de quatre gendarmes. Le patron du GIGN cherchera à négocier mais sans succès. Il reconnait dans son livre-mémoire, page 19: "Pendant la phase de l'assaut, j'ai eu des absences dangereuses... Je ne pouvais plus fixer mon attention. J'étais incapable de projeter une idée ou d'anticiper une action". Il ne conduira pas l'assaut qui sera confié au sous-officier Michel Lefèvre, puis sera mis au ban par ses subordonnés: "Depuis le début, il habille son échec avec une posture morale" : voilà ce que disent de nombreux anciens, qui ne digèrent pas la façon dont il présente les choses (Marianne2). C'est pourtant cette version que filmera Kassovitz, celle de l'humaniste qui ne voulait pas faire couler le sang, mais les méchants politiciens ne pensaient qu'à leurs élections et les vilains militaires ne pensaient qu'à faire des exactions, sans oublier la corvée de bois (petit rappel de l'Algérie, mais côté France, pas côté FLN). Plus le mensonge est gros.. disait Goebbels.
Dans un roman, tout peut être écrit, pas dans un livre historique. Il y a des journaux d'opinion et des journaux d'information, et les premiers peuvent tricher avec la vérité, masquer certains aspects, du moment que l'on connait leurs penchants. Kassovitz peut faire le film qui fait du bien à sa conscience, et il trouvera toujours un public heureux de partager ses convictions. Mais le public de son film doit être averti que sa version est romancée, et il doit veiller à ne pas travestir la vérité si sa version blesse les témoins et surtout les survivants. Il y a eu beaucoup de morts, de morts violentes, on ne badine pas avec la mort.
L'ancien Premier ministre Rocard approuve la thèse du film, lui qui, quelques jours après l'assaut, remplaça le Premier ministre Chirac. C'est classique, changement de gouvernement, tout ce qui était fait avant était nul, c'était le chaos et j'ai tout remis en place. Ce procédé est aussi connu en politique que dans l'industrie. Et pourtant son ministre de la Défense, JP Chevènement relève au terme d'une enquête « qu'aucun élément de l’enquête ne fait apparaître qu'il y a eu des exécutions sommaires ».
Les indépendantistes ont contesté le référendum sur l'indépendance du 13 septembre 1987: "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la République française?" Le résultat fut clair: 59 % de participation et 98,3 % en faveur de la France.
Si les amis marxisants de Kassovitz considèrent que la présence de blancs en Nouvelle Calédonie tue l'âme Kanak, que ce référendum n'avait aucune valeur, qu'il fut normal que quelques agités Kanaks fussent pris d'une fièvre obsidionale. Si ces îles appartiennent aux Kanaks de souche, pourquoi la France n'appartiendrait-elle pas aux Français de souche? Les extrêmes finissent toujours par se rejoindre. La terre appartient à tous et chacun a le droit de vivre où bon lui semble, s'il respecte l'ordre et la morale. Kassovitz confond l'éthique et la morale, et s'agissant de l'ordre: "l'ordre est le plaisir de la raison: mais le désordre est le délice de l'imagination", disait Claudel. Ah, ces saltimbanques!

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