Paix à son âme, pauvre Agnès, pauvre martyre de l'irresponsabilité collective, du conservatisme, masqués derrière les concepts de respect, de deuxième chance. Comment, à cette occasion, ne pas porter un regard sur notre société et ne pas rappeler les prises de position ou propos de responsables influents, dont le discernement mérite d'être étrillé, à l'aune de ce drame? Commençons par le collège de la seconde chance. L'engagement politique de la direction dans les années 40 ne grandit pas le collège mais seulement les hommes qui se sont opposés au régime nazi, risquant leur vie pour cacher des "anciens testaments" (nom de code des Israélites) ou des Américains recherchés par la Wehrmarcht. Les murs seuls se souviennent, si l'on peut dire de ce lycée ouvert sur un parc de 16 hectares, sans murs ni clôtures, illustration des valeurs de liberté, d'humanisme et de tolérance. Tant de concepts trop riches pour les dirigeants actuels, préoccupés de remplir leurs classes et les caisses d'un établissement aux principes démodés, qui se dépeuple, dont le niveau scolaire est bien inférieur à la moyenne française, et dont la "pédagogie alternative" n'est que l'euphémisme de "organisation bordélique". Que penser d'un directeur de lycée qui accepte l'admission d'un nouvel élève sans demander la moindre information, alors que les parents lui écrivent que "leur fils est en détention provisoire pour des faits graves qui les stupéfient eux-mêmes... et qu'ils se tiennent à la disposition du chef d'établissement pour dialoguer avec lui". Encore un qui n'est pas à la hauteur de ses responsabilités, et qui se cachera derrière des lois, des respects de vie privées...
Que penser d'autre part d'une Justice qui fait faire quatre mois de détention préventive à un violeur avéré, mais qui le relâche en attendant de le juger? De quel droit une détention préventive s'il est présumé innocent? Et s'il est reconnu coupable, preuves en main, aveux confirmés, pourquoi retarder le jugement? Le concept de justice expéditive a toujours effrayé les magistrats, et surtout les avocats. On en arriverait à penser qu'il y a quelque intérêt à faire durer les affaires!
N'oublions pas de faire un détour du côté des psychiatres et des psychologues qui assurent les suivis judiciaires et qui avaient déclaré l'assassin "pas dangereux" et "réinsérable". Certes, la psychiatrie n'est pas une science exacte, nous rabâche-t-on de puis quelques jours, mais elle était intouchable quand il s'agissait de déclarer irresponsable, en application de l’article 122-1 du code pénal, toute personne sous l’emprise de troubles mentaux au moment des faits (coups, blessures ou homicide). Et quand le Président Sarkozy avait souhaité en 2007 que les procès aient lieu, quand bien même l'auteur d'un crime aurait été déclaré pénalement irresponsable, nous avons entendu les cris d'orfraie de toute une communauté. Et ce n'était rien comparé aux propos excessifs proférés à l'occasion de nouvelles dispositions de la justice des mineurs votées cet été, qui se résument à la réduction des délais de jugement, et la création d'un tribunal correctionnel pour mineurs de 16 à 18 ans. Cette dernière mesure aurait été bien utile et pourtant nous avons pu lire ces outrances: réforme de la justice: les mineurs au pilori (site NPA), non à une réforme dangereuse et expéditive (site Unicef), la France au ban des Nations (soutenu par Unicef, Médiapart). "On est en train de préparer quelque chose qui ressemble à de la barbarie", (Catherine Dolto), ajoutant : "C'est une régression fantastique, je ne pensais pas voir ça de mon vivant...", un juge dépecé, une justice démantelé, dit le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean Pierre Rosenczweig, soutenu fermement par l'ex-ministre Pierre Joxe.
Cette défense des juges pour enfants pour conserver leur fromage apparaît aujourd'hui ridicule. Vont-ils se relire, tous ces grands spécialistes recroquevillés sur leurs prébendes, malades de leurs conservatismes ou idéologues déconnectés du monde qui change trop vite pour eux? Quand voudront-ils se pencher sur l'intérêt de tous les citoyens et cesser de voir midi à la porte de leur corporation? François Hollande et le PS avaient voté contre les centres fermés pour mineurs, au coeur de la réforme du Premier ministre. Aujourd'hui, André Vallini conseiller juridique de François Hollande, déclare: «nous avons peut-être eu tort de nous opposer à la création de centres éducatifs fermés, vient-il de répéter. On peut faire amende honorable.» Eux aussi demandent une deuxième chance.

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