On a assisté à une magnifique campagne des primaires du parti socialiste. Il s'agissait surtout d'occuper l'espace médiatique, l'essentiel n'étant pas le programme du candidat mais sa différence. On a fini par voter pour celui qui avait le moins de différences. Mais les heures d'antenne des candidats socialistes ont atteint jusqu'à 150% du volume de la majorité, explique la responsable du CSA, "soit trois fois plus que ce qui leur était permis". La mauvaise foi n'est pas en reste, quand le directeur de LCI, la chaîne d'information en continu de TF1, lui répond "pas facile... d'avoir l'oeil sur le chronomètre". TF1, que l'on reproche d'être acquise au Président! Qu'en serait-il dans le cas inverse? Même France Culture dans son billet matinal ironise sur ce dépassement, si intolérable quand il était dans l'autre sens. Le battage médiatique est lancé, avec en fond un rejet du Président qui n'aime que les riches alors que son concurrent ne les aime pas, et un besoin de justice sociale que la crise européenne amplifie.
Dans un livre publié aux éditions rue d'Ulm et récompensé d'un prix d'économie, "la société de défiance", les auteurs montrent que le besoin de justice sociale en France n'est pas lié à une politique de droite ou de gauche mais à une défiance des Français envers leurs concitoyens et leurs institutions. Les auteurs rapportent les résultats d'enquêtes internationales révélant que les Français ont moins confiance que la plupart des habitants des pays riches en leur justice, leur parlement et leurs syndicats, mais pire, qu'on ne peut arriver au sommet sans être corrompu. MM Algan et Cahuc expliquent ainsi cette particularité française:
Après la Seconde Guerre mondiale, le modèle social français s’est construit sur des bases corporatistes et étatistes. Le corporatisme, qui consiste à octroyer des droits sociaux associés au statut et à la profession, institutionnalise la segmentation des relations sociales. Il crée un enchevêtrement de dispositifs particuliers à chaque corps qui favorise la recherche de rentes et entretient la suspicion mutuelle. L’étatisme, qui consiste à réglementer l’ensemble des domaines économiques et sociaux dans leurs moindres détails, vide le dialogue social de son contenu, entrave la concurrence et favorise la corruption. Le mélange de corporatisme et d’étatisme est au cœur du cercle vicieux de la défiance actuelle et des dysfonctionnements de notre modèle économique et social. Le bon fonctionnement des marchés et des échanges requiert une confiance mutuelle et le respect de règles. Adam Smith avait déjà souligné le rôle indispensable des relations de confiance et des normes morales comme socle de l’économie de marché, dans son ouvrage publié en 1759, "The Theory of Moral Sentiments". Par conséquent, le manque de confiance pousse les Français à se défier de l’économie de marché, etc...
MM Sarkozy et Hollande sont convaincus que ce déficit de confiance freine toute réforme et coupe la France en deux. Mais ils n'auront ni le temps ni le courage de s'attaquer à la racine du mal, le corporatisme et l'étatisme. Ils se chamailleront sur des temps d'antenne, sur le bouclier fiscal ou autre mesurette. Pourtant, la seule façon de faire rêver les Français serait de recréer une société de confiance.

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