Le prince héritier d'Arabie saoudite, Sultan bin Abdel Aziz, s'est éteint samedi à New-York où il était soigné depuis le mois de juin. Agé de 85 ans, il était le demi-frère du roi Abdullah et occupait le poste de ministre de la Défense et de l'Aviation. La compétition au sein des princes saoudiens pour la succession au trône s'annonce féroce, quand on sait que le roi Abdullah de deux ans plus âgé s'est fait opérer la semaine dernière à New-York, et que son frère, l’émir Soltane Ben Abdelaziz rappelé pour assurer l'intérim, est atteint d'un cancer. L’accession au trône de l'émir Mohamed Ben Nayef, fils du fondateur, ministre de l’Intérieur et deuxième vice-président du Conseil des ministres, n'ayant pas encore fait consensus bien qu'il fasse figure de numéro 3, le roi vient de désigner son fils aîné, l’émir Motâab Ben Abdallah, en tant que chef de la Garde nationale, et ministre d’État. Le processus de passation du pouvoir à la deuxième génération franchit ainsi ses premiers pas, et la désignation du prince héritier est à l'ordre du jour après cette mort attendue.
Abd al-Aziz ibn Saoud fut le premier roi du pays qu'il créa après trente ans de guerre qui fit 500 000 morts. Dans la nuit du 15 janvier 1902, Abd al-Aziz souhaitant restaurer l'ancien état de son aïeul, s'empare de Riyad, la capitale ancestrale de la dynastie des Al Saoud, alors occupée par la famille rivale Al Rashid. D'alliances avec les bédouins et les Britanniques, en conquêtes avec la prise de La Mecque et de trois régions yéménites, il se proclama puis fut reconnu roi du Hedjaz en 1927. La base de l'unité n'est pas l'ethnie mais l'identification au Wahhabisme. La fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz le 22 septembre 1932 donna naissance à l'Arabie Saoudite. A la mort de Ibn Saoud en 1953, le pouvoir fut transmis de frère en frère parmi les fils du roi fondateur, en privilégiant le plus âgé. Mais le roi n'est pas un monarque absolu, c'est la famille qui est l'entité régnante en Arabie Saoudite. Chaque désignation du roi se fait par consensus au sein de la famille, et si un prince n'est pas jugé apte à régner par la famille, il est écarté. Un conseil d’allégeance chargé de décider de la succession du roi a été crée en 2006 par le sixième roi depuis la création du pays. Les 36 fils du roi fondateur ou à défaut l’un de leurs descendants sont représentées au sein de ce conseil. En 2006, ce conseil s’est abstenu de nommer un second prince héritier, une façon de ne pas reconnaître le prince Nayef, 78 ans et frère du roi. Le prince Salman, 72 ans, gouverneur de la capitale Riyad, reste très influent et les observateurs considèrent qu’il règnera un jour, bien que trois autres frères soient encore vivants. Mais les querelles sont à attendre avec le passage à la deuxième génération: le fils du roi Fahd décédé, gouverneur des provinces orientales, le fils du prince décédé hier qui dirigeait les forces saoudiennes pendant la guerre du Golfe, et le fils du prince Nayef qui est en partie responsable de l'éradication d'Al Qaïda. L'enjeu est énorme car le pays, très riche de son pétrole, a toujours été un allié sûr de l'Occident et un pôle de stabilité dans la région. Mais l'union séculaire entre la famille Abd al-Aziz et le wahhabisme est un obstacle au progrès du pays. L'actuel roi Abdallah par ses réformes du 13 février 2009 inquiète le clergé ultra conservateur, autorisant différents courants sunnites dans la commission des Grands Oulémas, donnant cinq sièges à des chiites dans le conseil de la Shoura, sorte de corps législatif. Il n'oublie pas qu'un grand nombre de gisements pétroliers sont dans le nord du pays, région chiite. Si l'on rajoute qu'il a donné le droit de vote aux femmes pour les élections de 2005, la tension est grande et le maintien de la domination des wahhabistes est une des clés de la succession en Arabie Saoudite.

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