Le 30° anniversaire de la mort de Jacques Lacan a été honoré par un billet sur ce blog. France Culture a souhaité revenir toute cette semaine sur le parcours, l’itinéraire de ce maître intellectuel fascinant, innovant et contesté. La parole sera donc donnée aux psychanalystes, et à eux seuls, de toute tendance. Ce billet va donner la parole à un de leurs détracteurs, qui a osé s'opposer à tous les adeptes de Freud ainsi qu'à la psychanalyse en général. Ce n'était pas tendance et il fût décrié lorsque parut son livre l'Anti-Œdipe, écrit avec le psychanalyste Félix Guattari qui fût lui-même psychanalysé par Lacan. C'est en philosophe que Deleuze critique la psychanalyse, en s'inspirant de Spinoza et Nietzsche. Il considère qu'elle a inventé l'inconscient, mais toujours pour le réduire, le conjurer, alors que l'inconscient reste à produire. L'inconscient est une substance à fabriquer, un espace social et politique à conquérir. Le désir n'est pas lié à un manque, ni à un souvenir avec comme unique grille de lecture papa-maman-moi et le phallus, trop réductrice. Il n'y a pas de sujet de désir, pas plus que d'objet. On désire un ensemble, qui coule dans un agencement. Un agencement est une multiplicité qui établit des liaisons entre des termes hétérogènes, des relations entre eux, à travers des âges, des sexes, des natures différentes. Un désir veut toujours plus de connections, plus d'agencements. On ne désire pas une femme mais le paysage qui l'enveloppe. Le désir met en œuvre plusieurs facteurs, or le psychanalyste a horreur du multiple, qu'il réduit à un seul facteur, le père, la mère, le phallus. D'un agencement, il extrait un segment, casse l'ensemble du désir, le devenir en acte, y substitue des ressemblances imaginaires, un code. Deleuze reproche au psychanalyste cette simplification castratrice, qui pense le désir uniquement comme un pont entre le désir et l'objet. Il reproche à la psychanalyse cette ambition de participer au contrôle des agencements de désirs et d'énonciation, en soumettant les désirs à des chaînes signifiantes et les énoncés à des des instances subjectives, qui les accordent aux exigences d'un ordre établi. On retrouve alors le Deleuze insoumis, qui a toujours proposé une pensée libérée de la religion et de l'opinion, de toute immanence ou transcendance en dehors d'elle-même. A la suite de Spinoza et de Nietzsche, il a toujours rejeté le couple despote-prêtre qui jugent, qui annoncent le désespoir, l'incomplétude pour mieux soumettre. Il n'allait pas accepter ces nouveaux prêtres de l'inconscient, qui ont inventé le signifiant et un langage pour nous interpréter. Le signifiant, toujours ce petit secret qui tourne autour de papa et maman et que rejete Deleuze, pour qui le devenir-homme est expérimentation, ce que Nietzsche appelait la volonté de puissance, et Bergson puissance réalisatrice.
Existerait-il une continuité entre la psychanalyse et la philosophie, un lien entre Lacan et Deleuze? Laissons à Pascal la conclusion: "il faut toujours se souvenir, à la fin d'une vérité, d'envisager la vérité opposée".

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