Avant de poursuivre l'attaque frontale sur la Commission européenne, l'auteur rappelle la constitution de Lisbonne et ce trépied instable: un président de Commission, un président permanent (deux ans) et un président tournant (6 mois) qui est un des 27 chefs d'État. Pour rajouter un peu de confusion, une représentante des Affaires étrangères qui a montré ses limites de compétence dès le printemps arabe. Personne ne peut critiquer cette organisation car pour Bruxelles, émettre des réserves, c'est affaiblir la construction européenne. Les Conseils européens composés des chefs d'État, élus démocratiquement, se réunissent régulièrement, définissent les grands axes de la politique de l'Union, essentiellement en matière de politique étrangère, et traitent les gros dossiers en cours. La majorité des décisions, soit tous les autres dossiers, sont prises par la Commission dont les membres ne sont pas élus. Les commissaires sont désignés par les États en fonction de considérations politiques et n'ont aucune qualification à priori pour occuper ces postes, les compromis souvent boiteux sont laissés aux mains des technocrates. Si l'apparence est démocratique, la réalité ne l'est pas. Les luttes de pouvoir sont patentes entre les États qui, à travers les Conseils imposent de facto une Europe multinationale et une Commission qui, à travers les directives et traités cherche à faire prévaloir son point de vue supranational de jure.
La Commission et ses 34 000 fonctionnaires ont des liens très étroits avec les puissances d'argent, les lobbies, et beaucoup y trouvent des débouchés professionnels futurs. Son budget est de 142 milliards, soit 37% du budget français mais seulement 1,03% du revenu brut européen. Ce pourcentage faible montre la volonté des États de ne pas donner à la Commission un pouvoir budgétaire, qui implique de véritables choix politiques, mais simplement un pouvoir réglementaire et donc technocratique. 90% des dépenses de ce budget de 142 milliards sont affectés sur deux postes, à la nomination écologisée:
- croissance durable, 45%, ou répartition équitable. Pour combattre les inégalités économiques, les grands pays donnent aux petits, ou aux nouveaux entrants.
- Conservation et gestion des ressources naturelles: en fait la politique agricole commune et la pêche.
- La recherche scientifique et la culture ont la portion congrue, 5,6% soit 8 milliards.
Ce budget lui permet quelquefois des ingérences dans les États, qu'un slogan séditieux enveloppait: "construire l'Europe des régions". Dans cette guerre de pouvoir, le Parlement européen s'associe à la Commission, pour prendre le pas sur les parlements nationaux. Ainsi ont pu naître des directives venant de Bruxelles interdisant la chasse à la palombe, ou les emballages en paille de fromage, sans que les nationaux ne puissent s'y opposer, ni même François Mitterrand.
Ces institutions ont perdu ainsi beaucoup de leur prestige et de leur légitimité auprès des peuples. La Grèce a pu tricher allègrement sur ses comptes pendant des années sans que Bruxelles ne s'en aperçoive. Les stress-tests des banques organisés par Bruxelles ont validé les bons résultats de Dexia qui doit être secourue et vendue en appartements quelques semaines plus tard. Comment les anti-nucléaires auront confiance dans les tests de résistance des centrales dont les modalités seront établies par la Commission? Depuis la menace de faillite de la Grèce, Bruxelles est restée silencieuse, alors que la Finlande a affiché son manque de solidarité avec la Grèce et refusé l'accord du 21 juillet.
L'euro est menacée, les pays ne sont plus solidaires (la Finlande demande à la Grèce des garanties personnelles), le chômage s'amplifie, la crise financière gronde, et pendant ce temps, les technocrates régulent les ouvertures de la chasse aux migrateurs depuis leur arrêté de 1979, imposant un droit supra-nationaliste communautaire. Comment ces institutions espèrent-elles survivre si une grave crise financière équivalente à celle de 1929 bouleverse nos modes de vie? (à suivre)

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