"Peut-on encore sauver l'Europe?" est le titre du dernier livre de Claude Allègre, ancien ministre socialiste, membre de l'Institut, qui nous explique les raisons de la désillusion et les possibles remèdes pour remettre en route cette Europe malade et menacée d'éclatement. Pour l'auteur, la crise actuelle n'est pas financière mais structurelle, et le député européen J.M. Cavada déclarait que l'Europe n'est pas malade de l'euro. "L'Europe et l'euro sont malades de la très mauvaise conduite d'un certain nombre d'États, qui depuis trente ans se sont mis des dettes abyssales sur le dos. Et la France n'est pas très bien placée pour donner des leçons." En plusieurs billets, exposons les différentes idées-forces développées dans ce livre d'actualité plein de bon sens. Et commençons par la naissance, l'espoir puis la désillusion.
La construction de l'Europe répond à trois objectifs: mettre fin aux guerres fratricides, créer un espace économique et peser politiquement sur les affaires du monde. Ce fut un extraordinaire succès dans différents secteurs, agricole, services, industrie puis création de l'euro. Les dirigeants avaient promis un grand marché, une croissance, des emplois, et c'est l'inverse qui se produit: accroissement des inégalités, endettement, chômage de masse. Un européen sur 6 est au chômage sans mobilisation des États, qui pourtant renflouent les banques lesquelles, une fois sauvées, ne modifient ni leur produits dérivés ni l'enrichissement de leurs traders arrogants. Le constat rapide, abusif, populaire est: on se mobilise pour les banques, pas pour les chômeurs, d'où le sentiment croissant d'injustice sociale dont l'Europe est rendue responsable. Et les populismes vont aller croissant, quand les Français penseront qu'ils vont payer pour la Grèce, le Portugal, puis l'Espagne, la Tunisie, la Côte d'Ivoire, la Libye. Neuf milliards prêtés à la Grèce perdus, car le pays a une dette de 158% de son PIB, une croissance de -5%, une population qui refuse de payer ses impôts et ses grandes fortunes qui ont quitté le pays. L'Europe ne fait plus rêver, ni son euro accusé de hausse de pouvoir d'achat, quant à la Commission, "ce machin"...
Pourquoi cet immense espoir s'est-il étiolé? Pour l'auteur, deux facteurs en sont la cause: la confusion idéologique et les agrandissements successifs.
Depuis l'origine, avec les Chrétiens démocrates et ses créateurs supra-nationalistes Monnet, Schuman, Faure, Gasperi, l'édifice a été fissuré par refus de choisir entre l'Europe supra-nationale et celle des Nations (De Gaulle), entre keynésianisme moderne et ultra-libéralisme, entre Welfare State et chacun pour soi, entre atlantisme et indépendance. L'entrée de l'Angleterre, à la mort du général De Gaulle fera basculer vers l'ultra-libéralisme. Depuis, la Commission européenne se considère comme la gardienne de l'idée européenne supra-nationale. Cette opposition entre la Commission et les États-Nations avec leurs formes variées de keynésianisme est la grille de lecture pour juger toute politique européenne. Pour affaiblir les Etats-Nations et contrer les grands pays, Bruxelles a procédé à l'agrandissement à marche forcée en donnant le même droit de vote à Chypre, non réunifié, qu'à l'Allemagne. (à suivre)

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