C. Allègre et l'Europe: sauver l'euro et l'Europe (4)

Il faut sauver l'Europe qui doit redevenir un espoir, et éviter le repli sur soi qui serait catastrophique dans une planète mondialisée. C'est une nécessité pour la France qui en a été le moteur, et dont la situation économique et financière ne permet pas de jouer en solo: déficit budgétaire de 83%, part des exportations françaises dans celles des pays de l'euro réduite de 18% à 13% en vingt ans. Mais pour sauver l'Europe, il faut d'abord sauver l'euro, cette monnaie unique qui subit tant de critiques, frein à la compétitivité, zone euro trop disparate... J.C. Trichet, patron de la BCE, rappelait ce week end que l'euro n'était pas menacé par la crise de la dette. Mais pour beaucoup, il est dans le déni et continue avec le couple franco-allemand de proposer des solutions approximatives à la crise, du bricolage écrit C. Allègre. Et pourtant l'euro nous a protégé pendant la crise, contre la tentation qu'auraient eu les États de dévaluer, dont le résultat eût été l'aggravation de la situation. Il faut renforcer l'euro, parce que viendra le temps de la stabilisation des monnaies mondiales, que la Chine imposera, et l'euro aura son mot à dire au même titre que le dollar, le yuan et le yen. Cette harmonisation est nécessaire pour mieux réguler les flux financiers et rendre les échanges commerciaux plus équitables. Mais avant de le renforcer, il faut sauver l'euro et dans un premier temps, modifier le cahier des charges de la Banque Centrale Européenne (BCE). A son mandat institutionnel de lutter contre l'inflation, il faut rajouter "agir de manière à favoriser la croissance et l'emploi". Puis, selon C. Allègre, il faut européaniser la moitié des dettes grecques, irlandaises, portugaises, pays qui vont  s'enfoncer davantage dans la crise. Leur sortie de l'euro provoquerait des crises financières en cascades et aggraverait leurs dettes. L'ensemble des pays de la zone euro s'engagerait à la rembourser avec des taux raisonnables et un échéancier étalé, gérés par la BCE. En contrepartie, ces pays se situeraient hors de l'euro tout en restant associé à l'euro par un taux de change fixe. Il y aurait un "euro irlandais", un "euro grec" à la manière du franc CFA. Ces "euros grecs"... seraient dévalués sous le contrôle de la BCE, et ces pays pourraient alors relancer leur économie et assurer le remboursement de leurs dettes. 
Après le sauvetage de l'euro, il faut sauver l'Europe, en fortifiant l'axe franco-allemand et en construisant une fédération autour de l'Euroland. Son noyau dur devra être piloté par une structure indépendante de la Commission. Elle devra avoir une grande autonomie en matière de commerce et concurrence. Enfin, elle sera fondée sur l'Europe des Nations, renvoyant l'ambition supranationale à un futur lointain. Voilà ce qu'écrivait Claude Allègre à l'été 2011.
Depuis, les banques européennes sont dans l'œil du cyclone, dont les propos alarmistes de Christine Lagarde les incitant à se recapitaliser avaient provoqué la risée des politiques, des banquiers et de la Commission européenne. "Les banques européennes sont bien mieux capitalisées qu'il y a un an", avait affirmé le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn au lendemain de ces déclarations. Depuis, Dexia est tombée, classée entreprise aux fonds propres les plus solides par le régulateur européen, et la directrice du FMI rappelait hier ce besoin de recapitalisation de nos banques européennes. Plus personne ne rit aujourd'hui, ni dans les banques, ni à la Commission, et elle a même ajouté que les banques devaient isoler leurs activités de banque de détail de leurs activités de banque d'investissement, reprenant une idée que Claude Allègre rappelait comme une idée de F. Roosevelt.
Le gourou Georges Soros considère que cette crise économique peut dégénérer en Grande Dépression, et qu'il en va de la survie de la démocratie. Les Européens doivent se doter d'un trésor commun, piloté par la BCE, en s’appuyant sur la structure embryonnaire actuelle, le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le FESF procèdera à la recapitalisation des établissements financiers puis l’instance financière européenne proposera des taux d’intérêt réduits, qui inciteront ces Etats à émettre des bons du Trésor prioritairement… qui pourront alors être rachetés par des banques recapitalisées. Et le cercle vertueux serait bouclé. Mais il assume l’aspect absolument radical de son plan : l’encadrement étroit des banques européennes. Prévoyant l’opposition farouche des financiers et des politiques, il estime qu’une seule autorité parviendra à imposer cette mesure : l’autorité du peuple.
Pour Georges Soros ou Claude Allègre, les traités devront être modifiés, la BCE jouera un rôle majeur, au service d'un gouvernement économique voulu par les peuples. Le duo Merkozy aura t-il le courage de le proposer au prochain G20?

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