Il y a trente ans disparaissait Jacques Lacan, psychiatre français qui devint l'un des plus célèbres psychanalystes du XX° siècle. Grand penseur, provocateur et iconoclaste, souvent abstrus, il reprendra la théorie freudienne et lui donnera plus d'envergure en l'articulant à la linguistique. Bien qu'il ait prôné un strict retour à Freud, sa pensée sera proche de celle de Jung. "L'inconscient est structuré comme un langage", un langage qui a ses lois, qui ordonne notre rapport au monde et à nous-mêmes. Ce nouveau paradigme associe le concept de structure et l'importance du langage. Nous sommes à l'époque du structuralisme, le "tout" est le principe régulateur, où Levi-Strauss en arrive à remplacer Dieu par "l'inconscient structurel". Pour Lacan, le principe régulateur, la structure du sujet, c'est l'intrication de trois fonctions : le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire (RSI). Le Réel est ce qui ne peut être nommé et qui ne relève pas du langage. Le Symbolique est la dimension organisatrice des valeurs contenues dans le langage dans lequel nous naissons. L'Imaginaire est la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve. L'importance du langage est capitale pour l'interprétation de l'inconscient. Dans un langage, il y a un signifiant et un signifié. Le signifiant linguistique est un son, une graphie. Le signifiant psychanalytique est une trace dans l'inconscient, une odeur, une image qui va renvoyer à un signifié. Ce signifié est le fait décrit dans le souvenir. Le conscient est formé de représentations de mots, l'inconscient est formé de représentations de phonèmes et de choses, qui concernent notre corps, et qui souvent furent vécues avant la parole.
Pour terminer ce survol des théories de Lacan, citons le stade du miroir, emprunté à Dolto, qui différencie l'image de sa représentation et qui entraine la découverte du signe, qui désigne une chose et qui pourtant ne l'est pas. Les non-initiés restent pantois devant ces concepts abscons qui conduisent pourtant à ce que les analystes appellent la guérison: sortir de l'imaginaire aliénant, capturé dans les filets du désir de l'autre, pour accéder à son propre désir, qui pour Lacan comme pour Spinoza est l'essence de l'homme. Cette grille de lecture s'applique désormais au domaine jusque-là inexploré de la psychose. C'est ce que nous disent les professionnels, qui croient toujours que l'on peut aller à la recherche de soi, dont la limite extatique est: "Tu es cela". Alors que nous ne sommes qu'en cheminement. Mais il fallait bien fêter les trente ans du départ d'un homme illustre!
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