Rentrée et sortie

La rentrée politique vient de sonner la fin des vacances. Le gouvernement présentera mercredi le budget 2012, qui ne sera évidement pas du goût des candidats à l'élection présidentielle de 2012. Du grain à moudre pour les émissions de radio du matin! 
A cinq jours de l'université d'été de La Rochelle, Martine Aubry a réuni dimanche à huis-clos son équipe de campagne et son conseil politique (80 personnes) pour affiner sa stratégie. Le PS s'est pourtant toujours opposé au travail du dimanche. La primaire socialiste désignera dans cinquante jours le candidat officiel du PS, les discours se multiplient, "mais ils disent tous à peu près la même chose. Et surtout, rien de très précis"(Le Point). Mais les rentrées font moins de bruit que les sorties. La sortie du "AAA" des États-Unis a animé les bourses et les vacances de nos gouvernements européens. La sortie des problèmes de DSK fera du bruit si toutes les charges étaient levées ce soir, après la convocation de la plaignante par le procureur. Mais la plus brillante sortie est celle de Kadhafi qui a perdu aujourd'hui la partie après 42 ans de pouvoir absolu. Il avait pourtant prédit de mettre l'Europe à feu et à sang, mais il nous avait habitué à ses déclarations fantasques. C'est la plus belle sortie de l'année et qui va faire réfléchir Bachar el-Assad, le boucher de Syrie. On ne tue pas impunément son peuple.
Au milieu de toutes ces entrées-sorties, dans un silence assourdissant, Helsinki s'est opposée au plan de sauvetage grec et a exigé une garantie de l'État grec. La Finlande pourrait ainsi bloquer le deuxième plan d'aide à la Grèce de 158,6 milliards d'euros, provenant aux deux tiers de prêts européens et du Fonds monétaire international (FMI) et pour le reste d'une contribution de créanciers privés de la Grèce (banques, assureurs et fonds). Elle  a exigé et obtenu un nantissement, une garantie réelle. En vertu de l'accord gréco-finlandais, la Grèce "va déposer dans les caisses de l'État finlandais une somme qui, ajoutée aux intérêts qu'elle produira, couvrira au bout du compte le montant du prêt garanti par la Finlande"(L'express). Cet accord bilatéral, s'il n'était pas jugé acceptable par les autres pays, compromettrait le plan d'aide à la Grèce, et ce sera le cas car d'autres pays exigeront les mêmes garanties, au nom du principe d'égalité, de précaution ou de gestion en "bon père de famille". Ainsi la Finlande, qui est un des six pays de la zone euro noté "AAA" par les agences de notation, va faire exploser l'accord du 21 juillet, et révéler les "profondes divisions au sein de l'Eurozone" (Merrill Lynch). Après la tourmente américaine, l'euro sera à nouveau sous les feux des spéculateurs. Qui peut être persuadé que la Grèce remboursera sa dette? Et que diront nos socialistes qui s'étonnaient de la lenteur du soutien à la Grèce, et qui rêvent déjà d'eurobonds?
La triste conclusion est que l'Europe politique n'existe pas. Jacques Delors, eurocrate convaincu,  n'a pas raison quand il écrit: «Le chaînon manquant, c'est la coopération entre les Seize [pays membres de la zone euro], la coordination des politiques économiques». L'ambition européenne était belle mais ne résiste pas à la crise: trop rapide élargissement après la chute du mur, inconsidérée la construction d'une Europe des marchands en espérant que le reste suive. Il faut arrêter cette fuite en avant, ce toujours plus d'Europe, et reconstruire une Europe à partir de peuples qui ont envie de se lier politiquement et démocratiquement (et on démarre mal avec les velléités flamandes). L'économie ne soude pas mais divise les peuples en cas de crise. Alors, qui va bientôt entrer ou sortir de l'euro, ou de l'Europe? 

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