Mauvaise foi et espérance

L'anticyclone des Açores est de retour pour le mois d'Auguste et de vacances, et nous en finirons donc avec la dépression, et la sinistrose française. En sera-t-il de même de la mauvaise foi? La polémique sur les déclarations de Jean-Marie Le Pen et le hourvari de la Gauche qui s'ensuit confirme le degré zéro de la politique et l'établissement d'une police de la pensée. Et pourtant, Le Pen et le gouvernement norvégien ont un point commun, les valeurs du passé et le repli sur soi. Les forces militaires norvégiennes qui intervenaient en Libye viennent de quitter la coalition, mesure symbolique mais qui s'impose. On ne peut s'associer à des frappes en Libye quand on désarme ses policiers. Il reste deux polémiques, l'affaire DSK et le vol AF447, où s'exprime la mauvaise foi dans la tournure drolatique "on ne saura jamais ce qui s'est passé " dans la chambre ou le cockpit. Et pourtant nous le savons tous, mais les intérêts financiers conduisent certains responsables à ne pas avouer, à dissimuler, réprouver, fronder, fustiger. Le procureur de New-York et le BEA (Bureau d'Enquêtes et d'Analyse pour la sécurité de l'Aviation civile) se voient sévèrement critiqués par des avocats. La communication et l'âpreté de la lutte en font oublier le drame.
La bonne nouvelle, qui redonne espoir et optimisme, est la simili rébellion du procureur de Dunkerque. La rébellion, c'est sa décision inédite de freiner les incarcérations, à cause du manque de place en prison. Elle est simili, car dès qu'il reçoit instruction d'annuler sa directive, il s'exécute sans état d'âme ni commentaire. Par son attitude, il rappelle la formule caractérisant l'obéissance dans la Compagnie de Jésus, "Perinde ac cadaver", mais aussi la grandeur des fonctionnaires qui s'approprient leur fonction. Cet homme décide de visiter une prison au lieu de rester dans son bureau. Il découvre une situation intenable et prend une mesure: la suspension "de l'exécution des écrous" jusqu'au 5 septembre, sauf pour les infractions les plus graves, "en raison du surencombrement de la maison d'arrêt de Dunkerque et des autres établissements pénitentiaires" du secteur. "Sur Dunkerque, on doit être à 150 personnes détenues pour 100 places. Quand vous faites coucher des gens sur des matelas, vous vous heurtez aux obligations liées au respect de la vie humaine, aux problèmes d'hygiène, au risque de violences...", avait expliqué M. Muller. La visite d'un responsable ne doit jamais être gratuite, et ce procureur doit être félicité pour son courage et son sens des responsabilités. Le ministère, pour des raisons politiques et de cohérence avec sa stratégie, refuse cette initiative. Le haut fonctionnaire s'exécute sans maugréer, mais il est convaincu que les instances parisiennes prendront en compte cette situation inhumaine. Chacun a fait son travail, à son niveau de responsabilité, et c'est ainsi qu'un système progresse. Les conditions de vie des prisonniers ne s'amélioreront pas du jour au lendemain, mais si les hommes de terrain, en province, commencent à s'intéresser aux conditions de vie des hommes au lieu de défendre seulement les institutions, la France et les Français se porteront mieux, et cesseront d'être dépressifs. S'agissant de cette affaire, le blog de Philippe Bilger, ancien avocat général, écrit avec intelligence et une plume coruscante, mérite d'être lu.

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