Les négociations américaines

Personne ne veut croire que les États-Unis feront défaut le 2 août prochain, la pression monte, et la proposition que les Républicains veulent faire voter ce jour à la Chambre n'a aucune chance de passer. Le texte surnommé « Cut, cap and balance » autorise le relèvement de la dette de 2.400 milliards de dollars à condition d'adopter un amendement constitutionnel qui oblige l'État fédéral à présenter un budget équilibré. Les dépenses de l'Etat seraient par ailleurs réduites de 111 milliards de dollars pour l'exercice et limitées à l'avenir à 18 % du PIB. Les Démocrates ne voteront pas ce texte, et la pression de Wall Street, des agences de notation, des principaux établissements financiers s'intensifiera. Les Républicains critiquent le bilan du Président Obama: la dette publique a augmenté considérablement sous son mandat, passant de 65% à 100% du PIB (voir le graphe) sans création d'emplois significatives. « Les Américains sont acquis à l'idée d'équilibrer les coupes dans les dépenses avec des hausses d'impôts. Le problème est que les membres du Congrès sont engoncés dans leur idéologie» a insisté le Président Obama. 
Le refus de hausse des impôts est en effet idéologique. Il provient de l'époque du démocrate Roosevelt et de son New Deal. Pour nombre d'économistes, le New Deal, en augmentant les impôts et en décourageant l’investissement, a eu des effets négatifs: pas de création d'emplois durables, taux de chômage excédant  les 20% en mai 1939 contre 12% en Europe, explosion de la dette publique. Roosevelt se préparait à faire le New Deal 2 en 1945, en prévision du retour des 10 millions de soldats et de l'arrêt des constructions du matériel de guerre, occupant 10 à 15 millions de travailleurs. Le successeur Harry Truman exhorte le Congrès à mettre en œuvre les idées du défunt Roosevelt, présentées comme le meilleur moyen de retrouver le plein emploi après la guerre. La réponse du Congrès américain fut non. Ce « non » concerne l’idée de relancer le New Deal dans son ensemble : non à des programmes fédéraux pour la santé, non à une loi pour le plein emploi, non à la hausse du salaire minimum, des prestations sociales, du programme logement. À l’inverse, le Congrès décide de réduire les impôts. Les taux d’imposition sont réduits dans tous les domaines. Le taux marginal d’imposition, fixé à 94% pour tout revenu supérieur à 200.000$ passe à 86.45%. Le taux le plus bas passe quant à lui de 23 à 19%. Un changement de seuil d’imposition permet à 12 millions d’américains d’éviter tout impôt sur le revenu. A la fin des années 40, la croissance économique permet de générer plus de revenus qu’il ne fut possible d’en prélever pendant les années de guerre alors que les taux de taxation étaient alors plus élevés. L’impôt sur les sociétés est lui aussi diminué de 90 à 38% après 1945, la taxe sur les « profits exceptionnels » éliminée. En substituant une bonne dose de liberté à un New Deal 2, le Congrès a permis à l’économie américaine de renouer avec la croissance. Le chômage qui pendant les années 30 dépassait les deux chiffres, atteint 3.9% en 1946. 
Pour les analystes, la sortie des États-Unis de la Grande dépression n'est pas due à Roosevelt et pourtant le mythe persiste. Les hausses d'impôt rappellent aux Républicains le New Deal et ils les refusent. Là est le constat d'idéologie que dénonce B. Obama, mais lui-même a prouvé que la redistribution équitable des richesses est un mythe. Là est la raison de l'échec des négociations malgré la menace d'une déstabilisation financière mondiale. Avant les campagnes qui s'annoncent très dures, là-bas comme en France, c'est sur ces mythes que se font les profondes divisions de l'opinion, ce qu'on appelle chez nous "les valeurs de gauche". Prendre aux riches pour mieux distribuer. Nous en reparlerons.

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