L'art d'être grand-père

Sur les plages, près des foires, dans les gradins des cirques, ils s'agitent, quémandent et débrident leur imagination. Ce sont les derniers instants des petits-enfants avec leurs grand-parents, les parents seront en vacances dans quelques jours, avec le retour aux routines. En attendant, ils peuvent tester d'autres postures, franchir d'autres limites, se chercher une autre personnalité. Et pour les grands-parents... L’art – d’être grand-père - disait Hugo, est d’« obéir aux petits » dans une complicité évidente des âges les plus extrêmes. Évidence d’ordre poétique : la naissance et la mort relèvent d’une même représentation métaphorique, celle de l’aurore. L’art d’obéir aux petits est un art profond qui veut que l’on intercède pour tous les misérables, qu’on en finisse avec l’enchaînement des crimes et des peines à quoi, depuis des siècles, se réduit l’histoire. Un bon grand-père est un homme qui sait pardonner au nom d’un certain consentement à l’anarchie et à l’illimité. Hugo avait 75 ans et était exilé, il était en souffrance mais le poète avait la sensibilité qui permet de voir sans les yeux:
Jeanne parle, elle dit des choses qu’elle ignore ;
Elle envoie à la mer qui gronde, au bois sonore,
À la nuée, aux fleurs, aux nids, au firmament,
À l’immense nature un doux gazouillement,
Tout un discours, profond peut-être, qu’elle achève
Par un sourire où flotte une âme, où tremble un rêve,
Murmure indistinct, vague, obscur, confus, brouillé,
Dieu, le bon vieux grand-père, écoute émerveillé.
L'ancêtre retrouve deux compagnons de jeux, deux complices en rébellion, comme lui, contre la société beaucoup trop sage des adultes. Cet enseignement dispensé avec tendresse, légèreté mais profondeur, anime chaque année les bords de plage, les foires et les gradins des cirques en ces derniers jours de juillet et remplissent les cœurs des petits et des grands. 

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