Il pleuvait fort sur la cour des Invalides, comme il pleurait dans nos cœurs ce matin. Sous le dôme inauguré par Louis XIV il y a 305 ans, les sept cercueils recouverts du drapeau, puis d'un côté de la chapelle les familles éplorées, de l'autre le gouvernement recueilli. La nation, ou la République, rendait un vibrant hommage aux soldats morts la semaine dernière en Afghanistan. Dans son éloge funèbre d'une ampleur, d'une gravité, d'une solennité admirables et sans emphase, le Président a insisté "Vous n'êtes pas morts pour rien". Mais le ton était donné dès l'homélie de l'évêque aux Armées, Mgr Ravel: "Être militaire, c'est appartenir à la nation, exister et agir pour elle, vivre et mourir pour elle. Alors que certains s'interrogent sur l'opportunité d'aller mourir pour les Afghans, voire, nous l'avons entendu, mourir pour rien, nous répondons inlassablement : c'est pour la France que nous mourons." Cet évêque vit avec, pour, au milieu des militaires, à leur service. Son propos n'est pas lyrique, mais transcrit une réalité vécue, ressentie. Il rajoute: "être militaire, ce n'est pas être disponible ni porter les armes, c'est avant tout ne plus s'appartenir, ni même appartenir à sa famille, c'est appartenir à la Nation, exister, agir pour elle, vivre et mourir pour elle." Prononcées avec sincérité devant des cercueils, des familles endeuillées, ces paroles rappellent qu'une grande partie du peuple de France croit à la Nation, tout au moins celle qui ne rejette pas l'actuel Président. L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose ainsi que "le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément."Ainsi, la Nation est devenue la source des différents pouvoirs, et tout État doit s’appuyer sur l’existence d’une Nation. L’existence des États-nations apparaît dès lors comme une conséquence logique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette idée de nation a été remise en cause au XX° siècle. Pour les tenants de la théorie de la lutte des classes, l'idée de nation masque les conflits d'intérêts qui opposent les classes sociales. De nos jours la mondialisation, la globalisation, l'internationalisation remet en question le fondement même du système international: l'État-Nation. Ce dernier est menacé d'éclatement par le régionalisme, ou de disparition par le fédéralisme, mais il résiste de toutes ses forces aux changements, contre le cours du temps, et empêche la mondialisation de s'universaliser. Mais jusqu'à quand?
Les guerres, les grandes dépressions ont redonné le pouvoir aux nations. La mondialisation actuelle accroît les inégalités et demandent des régulateurs que seront les États. Mais dans des sociétés de libre circulation où le réseau prime sur le territoire, que deviendra la Nation?
Pourtant, ce matin, au dessus des cercueils planait l'âme de la Nation.

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