
La rumeur, en latin rumor, désigne le bruit qui court, les propos rapportés: ce qu'on m'a dit par rapport à ce que je sais pour l'avoir expérimenté. Dans son acception courante, la calomnie est cette information, non vérifiée, destinée à nuire. Le média est le vecteur qui transporte ce bruit, et les blogs diffusés à foison sur internet remplissent à merveille cette fonction. En mars 2010, une rumeur prêtait au couple présidentiel des aventures et l'effet déstabilisant fut réussi. Aujourd'hui, Martine Aubry s'indigne de vieilles rumeurs sur elle, sa santé, et sur son mari avocat qui serait l'ami des islamistes, car il a défendu des jeunes filles voilées. Elle aurait du s'en offusquer plus tôt car ces rumeurs blessantes courent depuis des années, mais elle est en droit d'être indignée, exaspérée. Elle ne devrait pas insinuer que les attaques proviennent de l'Élysée, alors que ses adversaires du moment sont ses collègues du PS. Le crime actuel ne profite pas à Nicolas Sarkozy. N'ajoutons pas de la rumeur à la rumeur.
Souvenons-nous de l'affaire Markovic qui salit madame Pompidou pour écarter du pouvoir son mari, mais aussi de Dominique Baudis, qu'une rumeur médiatisée rendait responsable de meurtres, viols, tortures. Et Roger Salengro qui se suicida, vaincu par la rumeur, le populisme, la calomnie. N'oublions pas l'affaire des diamants de Bokassa préjudiciable au Président en exercice Giscard d'Estaing. La mauvaise défense de ce dernier face à l'attaque du Canard enchaîné, reprise dans l'heure par le journal Le Monde est une des causes de sa défaite et de la victoire de F. Mitterand. Quand François Hollande s'écrit "ça suffit" et appelle de ses vœux une campagne présidentielle fondée sur "le respect des personnes" et "les idées", il a raison, mais il a la mémoire courte.
Mais que faire contre la rumeur? Diane de Beausacq disait que "la calomnie est comme la fausse monnaie: bien des gens qui ne voudraient pas l'avoir émise la font circuler sans scrupule". Les dîners en ville sont aussi pernicieux que les média à cet égard, et nous avons tous notre part de responsabilité dans la propagation de ces flèches empoisonnées. Beaumarchais écrivait très musicalement, dans le Barbier de Séville (Acte II, scène 8): "D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine et rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez Calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?"
Ce n'est pas le diable qui est à la manœuvre, mais un peu de chacun de nous.
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