La crise grecque fait le buzz depuis des mois, et l'avenir de l'euro n'est pas assuré, ce qui amuse le Financial Times et donne du crédit aux oppositions eurosceptiques et nationalistes. En cas de défaillance, le risque de contagion (Irlande, Portugal, Espagne) est grand. Mais la problématique de l'endettement n'est pas grecque, elle est globale, tous les pays européens sont concernés. L'Italie vient de prendre des mesures d'austérité et de rigueur budgétaire destinées à réduire sa dette publique, s'élevant à 119% de son PIB en 2010. La même année, la dette française représentait 81,7% de son PIB et celle de l'Allemagne 83,2%, malgré ses performances exportatrices. L'euro est donc fragilisé, certains disent malade. Mais voilà qu'apparaît la crise américaine. Le dollar se révèle plus malade que l'euro, ce qui explique la force du dernier, et le gouvernement américain doit négocier rapidement le relèvement du plafond de la dette publique, 14 294 milliards de dollars, sans quoi les USA seraient en cessation de paiement le 3 août prochain. Mais il faut aussi réduire le déficit (1500 milliards de dollars cette année) et le moyen d'y parvenir oppose républicains et démocrates.
La politique de « quantitative easing » de la Réserve Fédérale consistant à acheter directement les bons du Trésor américain ne sera probablement pas reconduite par le gouverneur de la Réserve Fédérale (Fed), car elle a déjà causé des dégâts considérables et ne fait que repousser l'échéance en gonflant la dette. Mais si la politique de la Fed est remise en cause, les taux d’intérêt remonteront, et le gouvernement Obama devra mettre en place une politique d’austérité draconienne qui affectera sévèrement la consommation des ménages. Les États-Unis déclencheront ainsi la crise qu'ils voulaient éviter. Cela signerait la fin de l’hégémonie du Dollar dans le système monétaire international, et ferait entrer la première puissance mondiale dans une crise économique bien pire que celle de 2008. L'euro deviendrait alors la monnaie de référence, le moins malade l'emporterait. La bataille économique est rude, sur fond de guerre locale partisane et politicienne, en début de campagne pour les futures présidentielles aux États-Unis.
Tous les pays sont donc endettés. Quoi de plus naturel: en économie, on dissocie acteur en besoin de financement, et acteur en capacité de financement. L'État, émanation de la volonté citoyenne, n'a pas à faire de bénéfices. Son existence même le prédispose à une redistribution totale, pour le bien-être du plus grand nombre. Il est essentiellement destiné à être en besoin de financement, mais le remboursement de la dette ne doit pas être un des tout premiers postes. Pour imposer une discipline budgétaire aux gouvernants, Nicolas Sarkozy a projeté d’inscrire l’équilibre budgétaire dans la Constitution. Il devait pour cela obtenir deux tiers des voix au Congrès de Versailles. Le rejet du projet par le PS a signé son arrêt de mort, dans un silence médiatique étourdissant. Le PS n'a pas souhaité se lier les mains en cas d'alternance...
Pourquoi les gouvernements échouent-ils souvent à adopter des réformes censées être nécessaires et améliorer le bien-être ? L'explication la plus commune a été bien résumée par Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe : « Nous savons tous ce qu'il faut faire, mais nous ne savons pas comment nous faire réélire une fois que nous l’aurons fait. »

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