Candidature aux J.O.

Les XXIII° Jeux olympiques d’hiver se dérouleront à Pyeongchang. La ville d'Annecy n'aura obtenu que 7% des votes, loin derrière Munich et très loin derrière la ville sud-coréenne. La défaite de cette candidature était annoncée, quand on savait le faible enthousiasme des Français et tout particulièrement des Annéciens, les dissensions à répétition dans le comité français et la démission avec éclats de son directeur, Edgar Grospiron, médaillé d’or des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville de 1992, les querelles entre le conseil régional de Rhône-Alpes, le conseil général de Haute-Savoie et la municipalité d’Annecy... Cet échec ne serait pas dramatique si ce n'était le cinquième d’affilé après celui de Paris en 1986 (pour les JO d’été de 1992), de Lille en 1997 (pour les JO d’été de 2004), de Paris en 2001 (pour les JO d’été de 2008) et de Paris en 2005 (pour les JO d’été de 2012), sans doute le plus douloureux tant la surprise et la déception furent énormes. Le Président Chirac et le maire de Paris, main dans la main, défendaient la candidature de Paris à Singapour, avec des trémolos dans la voix: le premier défendant les valeurs de l'olympisme en tant qu'héritier du baron Pierre de Coubertin, et l'autre alternant entre écologie ("un objectif inédit : des Jeux à bilan neutre en matière d'émissions de gaz à effet de serre"), accueil et transport des handicapés ("ce sera l'une des signatures de cet événement, l'une de ses traces les plus profondes") et antiracisme ("chacun sera chez lui en France, en 2012, quels que soient son âge, sa nationalité, sa religion ou la couleur de sa peau"). Il se croyait en campagne pour la Mairie de Paris, entouré de bobos et de services publics nourris, gavés de cette fausse littérature. Pour la première fois, il se trouvait hors des frontières, confronté à une concurrence, au monde libéral qu'il déteste. Et quand il découvre que ses discours ringards n'ont pas séduit, il se rebiffe: "Ils n'ont pas respecté les règles. Je ne dis pas qu'ils ont flirté (avec la ligne jaune), ils sont passés de l'autre côté de la ligne. La victoire s'est faite sur autre chose que sur l'olympisme". Pour moins que ça, d'aucuns ont été condamnés mais personne ne relèvera, il ne compte pas. La France, c'est l'immobilisme et le passé. 
Le problème de nos élites est leur méconnaissance du monde et des règles internationales du jeu, leur incompréhension et intolérance quand les faits leur donnent tort. Bertrand Delanoë fut surnommé le saigneur des anneaux: il n'avait pas perdu, les autres avaient triché et il se devait de les invectiver, sans preuve bien sûr. Une deuxième honte pour la France dont ses leaders vivent sur une autre planète, avec pour arme la connaissance du siècle des lumières. Dans les prochains candidats à la Présidentielle, combien se sont frottés au commerce international, autre que les frégates de Taïwan? On nous bassinera encore avec les valeurs républicaines, la tolérance, la terre d'immigration, l'égalité. Nous parlerons de ces valeurs sur le quai de la gare pendant que le train du monde s'éloignera. Puisse ce dernier échec nous réveiller de notre torpeur. Au XXI° siècle, Voltaire est tout à fait mort.

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