Bataille des Eperons d'Or

Bart de Waever, le leader nationaliste qui paralyse la vie politique belge en refusant tout compromis depuis plus d'un an, a défilé hier triomphalement à Courtrai sous l'acclamation de tous les séparatistes. C'était sa fête et la fête de tous les Flamands, le 11 juillet, en souvenir de l'an de grâce 1302. Ce jour-là, la chevalerie française subit un véritable désastre devant les milices flamandes. Devant l'influence croissante de la puissance anglaise en Flandres, le roi Philippe IV le Bel attira le Comte de Flandre à Paris où il fut emprisonné, et pris le contrôle des villes flamandes, de Lille à Bruges, via la bourgeoisie pro-française. Un tisserand nommé Pieter de Coninck appela le peuple à la révolte.  Le 18 mai 1302, 1 600 insurgés fouillèrent chaque maison de Bruges, demandant aux occupants de répéter "Schild en vriend" (bouclier et ami).  Trahis par leur accent, les Français furent démasqués et massacrés sur place. On dénombra près de 1.000 victimes.  Cette journée fut appelée "Matines brugeoises". Le roi de France confia une armée au comte Robert d'Artois qui, sûr de sa victoire, lança sa cavalerie à Courtrai contre la piétaille paysanne, et s'embourba dans les marécages. Les "klauwaerts" massacrèrent les chevaliers, ramassèrent des centaines éperons d'or du champ de bataille pour les exhiber en l'église Notre-Dame de Courtrai. Ce fut la première grande vic­toire de l'infanterie sur la cavalerie, et surtout la pre­mière victoire de la bourgeoi­sie sur les seigneurs. Mais cette grande victoire fut récupérée au XIX° siècle par les Flamands, alors que les troupes étaient sous les ordres du duc Guillaume de Juliers et de Guy de Namur, et que les Wallons se battirent avec les milices flamandes. L'histoire se raconte autrement, et pour les séparatistes, cette victoire contre les Français est aussi la victoire contre les francophones, contre les Wallons. Les nationalistes flamands commémorent la bataille des éperons d'or, tout comme les nationalistes serbes commémorent celle du "Champ des Merles" (28 juin 1389). Bart de Waever l'a fêtée hier dans cet esprit, en pleine crise économique européenne. S'il refuse la solidarité avec les Wallons, trop socialistes et trop fainéants, l'acceptera-t-il avec les Grecs, lui qui se prétend européen?
La suite de l'histoire mérite d'être racontée, au cas où l'Histoire repasse les plats... Philippe le Bel décida de prendre sa revanche et deux ans plus tard, à la tête de ses troupes, il infligea une lourde défaite aux mêmes milices flamandes à Mons-en-Pévèle, non loin de Douai. Les Français récupérèrent les fameux éperons d'or, envoyés vers une église de Dijon, imposèrent une amende de 300.000 livres à la ville de Bruges, en représailles des "Matines brugeoises", et fixèrent la frontière qui perdura 700 ans par le traité de paix d'Athis.

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