amalgame et bisounours

Après les aveux du tueur fou furieux norvégien de sa haine à l'égard des musulmans, les amalgames et récupérations politiques ne manquent pas. Les cibles sont les partis populistes, les mouvements anti-islamistes et les extrême-droites. Le MRAP, mouvement antiraciste français, a été le premier à se manifester après le récent drame en Norvège. Il a accusé "les partis populistes et les extrêmes droites" de porter "une lourde responsabilité dans le climat délétère qui pèse sur le continent tout entier". Une certaine mentalisation ne justifie pas un passage à l'acte, soyons sérieux! Il est vrai que le MRAP assure depuis 2003 la défense à tout crin de l'Islam, et que le tueur aurait été qualifié par les autorités norvégiennes de fondamentaliste chrétien. Il est aussi vrai que pour un Norvégien, chrétien signifie luthérien, confession de 85% de la population malgré les 10% d'immigrés. L'Église de Norvège est une religion d'État, le Roi en est son gouverneur suprême et a donc obligation d'être de confession luthérienne. La moitié des 19 membres du Conseil d'État doivent être membres de cette Église. Catholiques et Orthodoxes sont heureux d'apprendre la naissance d'un nouveau mouvement les englobant. L'anti-catholicisme français pugnace depuis un siècle n'a jamais englobé le protestantisme, toujours démarqué politiquement depuis la révocation de l'édit de Nantes. L'inverse est aujourd'hui possible. Louis XIV va se retourner dans sa tombe.
S'agissant de la classe politique, 75% des votants se répartissent en trois partis: les Travaillistes (35%), le Parti du progrès (23%) et le parti Conservateur (17%). Les Travaillistes dirigent le pays grâce à une coalition avec deux petits partis réunissant chacun 6% des voix. Sa majorité est donc très relative, et sa politique de centre gauche, modérée, et rien ne peut expliquer que ses adeptes soient immolés.
Le parti du Progrès dont a fait partie le tueur fou, est qualifié de populiste. Les Entretiens de Pétrarque à Montpellier, consacrés cette année au populisme, ont souligné qu'il était à la fois le symptôme d'une détresse réelle et l'expression d'une illusion. Il est le point de rencontre entre un désenchantement politique, tenant à la mal-représentation, aux dysfonctionnements du régime démocratique et la non-résolution de la question sociale d'aujourd'hui (Le Monde). L'actuel désenchantement des Norvégiens, semblable à celui des Européens, propulse le parti du Progrès, qui n'est ni d'extrême droite ni néo-nazi, mais qui s'oppose au multiculturalisme. Le peuple peut-il s'y opposer au nom des bons sentiments? Le peuple ne peut-il craindre sa perte d'identité sans être voué aux gémonies? Bref, le peuple a-t-il un avenir dans cette démocratie, n'y a-t-il pas un bon et un mauvais populisme? Dénoncer l'immigration comme responsable de tous nos maux est aussi stupide que refuser quelques vérités douloureuses à entendre. Pour clore les amalgames, la Norvège n'a jamais eu de colonies et n'est pas préparée à une forte immigration. Les réticences ne proviennent pas toutes de bas instincts.

Après l'amalgame, les bisounours. Les ressources pétrolières de la Norvège lui assurent le 7° revenu au monde par habitant (le 1° en Europe derrière le Luxembourg), et sa dette publique ne s'élève qu'à 45% du PIB. La crise de 2008 a certes affaibli son économie, mais le pays vit dans un relatif confort, loin des conflits, avec des habitudes qui mériteront d'être révisées. 35% de sa population active travaille pour l'État, et l'ardeur des services de sécurité devra être vérifiée. Travailler? Aucun service de secours ni de sécurité ne sont  assurés alors qu'un important rassemblement de jeunes est organisé. Une explosion au centre ville paralyse les quelques services de police en alerte qui ne peuvent réagir à la deuxième tuerie sur l'île. "N'encombrez pas les réseaux" entendent ceux qui déclenchent l'alerte. La recherche vaine d'un hélicoptère par la police alors que des journalistes en dénichent un pour filmer le meurtrier méritera quelques explications sur l'efficacité des forces d'intervention. Ces dites forces ne trouvent pas le bateau pour rejoindre l'île, empruntent une embarcation qui surchargée, manque de couler... Une vraie aventure des pieds-nickelés au royaume des bisounours, pendant que des enfants se font froidement assassiner depuis une heure et demie. Le meurtrier est étonné de ne pas être abattu à l'arrivée de la police: tuer, c'est mal. La justice du pays cherche une inculpation qui le condamnerait à plus de 21 ans de prison, car avec les remises de peine, il pourrait être libéré trop rapidement: la prison, c'est pas bien. Il plaide non coupable, mais reconnait les crimes. Le présumé innocent s'amuse bien, et l'esprit pacifiste et bon enfant du pays que nous décrivait bien Eva Joly en sera tout retourné. Le décompte des morts est sujet à variations dans les deux sens depuis quelques jours. Des rapports  des services de renseignement avaient indiqué des menaces, le tueur avait été identifié, mais rien n'a été pris en compte. Quelle efficacité du service public!
Tout le monde rêve d'un monde de bisounours: moins de stress, moins de contrainte, moins de travail, donc moins de coût et moins d'impôts... Jaurès aussi était brillant, pacifiste, mais la convenance temporelle finit toujours par l'emporter.

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