21 juillet à Bruxelles

Le 9 juin 1915, neuf jours avant Waterloo, le Congrès de Vienne se terminait, et les 121 articles de l'Acte Final du Congrès assuraient la restauration de l'équilibre politique tel qu'il était en 1792, et la création d'un "cordon sanitaire" autour de la France. L'état tampon voulu par le Royaume-Uni pour faire obstacle à toute tentative hégémonique de la France sera le royaume des Pays-Bas, donné à la maison d'Orange, comprenant la Belgique, les anciennes Provinces-Unies et le Luxembourg. Cette création de territoire se fit sans consultation de la population. "Si tout le monde est insatisfait, le Congrès a fait un bon travail" écrira le négociateur français Talleyrand, qui avait proposé de donner à l'Angleterre la Flandre jusqu'à l'Escaut, Anvers inclus, abandonnant à la Prusse Liège et le Limbourg. La France aurait ainsi annexé les quatre-cinquième de la Wallonie plus Bruxelles. La frontière franco-hollandaise se serait située sur le Demer, au nord de Bruxelles.
Les provinces du Sud considérèrent la politique de Guillaume Ier inéquitable, et sa rigidité, son autoritarisme conduisirent à la révolution de 1830. Le 21 juillet 1831, le premier roi des Belges, Léopold, prête serment sur la place Royale: "Je jure d'observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire".
Ce 21 juillet, date de la fête nationale, le Roi Albert II a adressé un discours grave, mettant en garde ses sujets sur l'avenir du pays. Où est sa nation, et l'intégrité du pays auquel le premier Roi avait prêté serment? Et sa devise nationale "l'union fait la force"? 403 jours sans vrai gouvernement, et toutes les négociations bloquées par un parti indépendantiste flamand, la N-VA. Tous les médias du monde couvraient le sommet extraordinaire de la zone euro à Bruxelles, et pas un ne s'intéressait à la fête nationale, au défilé militaire. Le Roi s'est dit "affligé", dénonçant le risque que cette crise ne "développe une forme de poujadisme dangereuse et néfaste pour la démocratie". Les agences de notation ont placé le royaume sous surveillance et l'économie du pays sera affectée si la crise se prolonge. Soit le CD&V s'assoit à la table de négociation de façon active, ce qui semble être le cas, et un consensus pourrait être trouvé, soit des élections devront être convoquées. Dans le premier cas, ce serait la défaite de la N-VA et de sa politique extrémiste, dans le deuxième cas, ce sera la victoire de la N-VA qui recueillera le bénéfice de son intransigeance. Les prochaines semaines seront décisives, et personne ne peut prédire l'avenir. Mais il est sûr que le fossé s'est creusé entre le Nord et le Sud, irréconciliable. Il est aussi sûr que divorcer sera encore plus difficile et coûteux que de vivre ensemble. Bruxelles est un enjeu, surtout quand on sait l'argent qui est injecté par les pays européens. Personne ne lâchera Bruxelles, et les communautés devront s'y côtoyer. Alors, pourquoi pas dans sa périphérie, puis dans le reste de la Belgique? Le mur de Berlin est définitivement tombé, pourquoi un nouveau mur linguistique au centre d'une Europe qui incarne la liberté de circulation? 
Bonne fête na-tio-na-le à nos amis belges.

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