Macbeth et Bachar

Verdi a toujours été fasciné par Shakespeare et compose dès l'âge de 34 ans, en 1847, son opéra Macbeth. Ses deux dernières compositions, quarante cinq ans plus tard, seront Othello et Falstaff, du même grand dramaturge. Macbeth, magistralement interprété à l'opéra de Budapest cette semaine, nous rappelle la tragédie qui peut frapper un homme bon, courageux, loyal. Ce héros est nommé baron de Cawdor à son retour de guerre en récompense de ses exploits. Mais influencé par des prophéties de sorcières, aiguillonné par l'ambition de sa femme, il cède à la tentation du pouvoir et de l'immortalité. Avec l'aide de son épouse, il tuera le roi pour usurper son trône, tuera encore pour effacer la trace du crime, tuera toujours pour maintenir son pouvoir. Il ne deviendra qu'un tyran sanguinaire, tourmenté par son acte comme Lady Macbeth qui se suicidera, et finira sa descente aux enfers assassiné. Macbeth, ce fidèle guerrier ayant bravement défait les ennemis de son pays, se trouvera soudain, au faîte de sa gloire, incapable de résister à l'ambition et aux forces du Mal. Il ne pourra dévier le cours du destin, les fils de roi recouvreront leur trône et leur légitimité. Peut-on écrire ce drame shakespearien avec une plume du XXI° siècle? Le drame se situe en Syrie, par exemple, dans un pays dictatorial à l'économie fermée. L'architecte de cette dictature sanglante, Hafez el-Assad, destine son fils à lui succéder, mais celui-ci meurt d'un accident de voiture: il roule à 200 Km/h avec son bolide, par temps de brouillard, sur la route de l'aéroport grouillante d'une population pauvre, désœuvrée. C'est irresponsable, dérisoire, vain, futile, comme l'était Bassel. Inch Allah! Le monde arabe n'aura rien perdu, mais la population s'était habitué au futur dictateur, sa photo étant érigée à chaque coin de rue. Son frère Bachar qui faisait des études d'ophtalmologie en Occident est rappelé. Il devient rapidement colonel, puis son père meurt après trente ans de règne, laissant un pays influent mais pauvre, mafieux, corrompu. Vite, il faut changer la loi et abaisser la limite d'âge de la présentation à l'élection présidentielle, de 40 à 34 ans. Bachar a 34 ans. Il promet des réformes, et on le croit car il a été formé dans les écoles françaises et anglaises. Il n'a pas tué pour prendre le pouvoir, mais comme Macbeth, le spectre de son père à travers ses conseillers est là, lui indiquant qu'il faut limiter le vent des réformes. Les radicaux que son père a mis en place freinent toute ouverture vers le monde extérieur, l'économie ne peut se libéraliser dans un climat de forte corruption. Vient le printemps arabe, et Macbeth Bachar défend son pouvoir. Après quelques morts et quelques promesses de réformes, les manifestations continuent. Il suffit de durcir pour que les disciples d'Al-Qaïda comprennent que le pouvoir ne cédera pas. Le parti Baas en a vu d'autres, en 1982, lors de l'écrasement des fondamentalistes sunnites. On tue chaque jour un peu plus, mais les exemples de la Tunisie, Egypte, Lybie, Yemen galvanisent les manifestants. La communauté internationale s'émeut, mais Bachar a plongé dans l'âme de Macbeth: "devant mes intérêts, tout doit céder". Assassiner devient sa nature, l'irréparable est accompli, le sang ne pourra s'effacer de ses mains. Les ténèbres ont envahi sa raison. Le doux et gentil médecin Bachar, désintéressé de politique, ouvert au monde occidental, a perdu son âme pour garder le pouvoir. Mithridatisé par dix ans de pouvoir absolu. Il aura gagné l'immortalité, mais pas celle qu'il souhaitait. Shakespeare sait comment finira la descente aux enfers.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Que répondriez vous a un certain Guy Millere qui considère que ce printemps incarne une montée de l extrémisme islamique ?

racine 15 a dit…

Les deux évènements sont disjoints, au départ.