Les sondages

Le pouvoir médiatique était appelé le 4° pouvoir, bien avant que ne fleurissent les kyrielles de sondages qui remplissent nos journaux écrits ou télévisés, manipulant ainsi à leur gré l’opinion. Un cas d’école: la montée dans les sondages de Ségolène Royal en 2006, un an avant la présidentielle. Elle recevra l’investiture contre l’avis des ténors de Parti socialiste, ce qui entrainera sa défaite. Le même phénomène vient de se reproduire avec DSK: dix-huit mois à l’avance, sans programme, sans s’être déclaré candidat, il avait la faveur d’une majorité de Français, au moins des 57% qui ont cru à un complot. Comment un panel lambda de citoyens peut-il nous éclairer sur le profil du futur vainqueur d’une bataille qui n’a pas commencé, et quel est le but de ce matraquage bi-hebdomadaire et de la complaisance de la presse à en faire état? Le poids de l’opinion publique est devenu considérable avec le développement des technologies de l'information et de la communication. De là à vouloir la guider? A ce titre, le dernier sondage de ce week-end est renversant: 62% des 1005 sondés sont pour un arrêt progressif du programme nucléaire français, et 15% pour un arrêt brutal. C’est le résultat de Fukushima, le matraquage médiatique afférent, suivi de la décision allemande de fermer à terme ses réacteurs. Pendant le congrès des Verts, ce sondage les a ravis, ils jubilaient. Pourquoi la presse ne rapporte-t-elle pas que l’Angleterre, la Chine, l’Inde, les Etats-Unis, des puissances majeures donc, relancent un programme nucléaire massif, persuadées que ce sera la technologie du XXI° siècle ? Et surtout, pourquoi poser des questions techniques qui sortent du champ de compétences des sondés? "On ne fait pas la politique à la corbeille" disait le Général De Gaulle.
Il est opportun de rappeler que la République s’est construite après le désastre de Sedan contre une conception de la politique qui consistait à déléguer aveuglément à l’autorité des chefs, pour promouvoir une politique centrée sur des idées et des programmes. Même Jaurès savait que l’opinion n’est pas naturelle, qu’un travail d’éducation politique, économique, scientifique est nécessaire. Ce travail est inexistant s’agissant du nucléaire, et les médias jouent sur l’émotion et le matraquage. Cette manipulation de l’opinion n’est pas dans l’esprit républicain, et développer ce type de sondage (question fermée) est de nature à tuer le débat d’idée et donc l’esprit républicain. Une stratégie industrielle ne se bâtit pas avec des sondages, mais avec une équipe de responsables qui mettent en oeuvre un plan, après l’avoir exposé et fait approuver par les élus. Entre l’angélisme et le pragmatisme, il y a un fossé qu’aucune bonne intention ne peut combler. Il n’y a qu’un sondage qui n’a pas été fait et qui concernait pourtant tous les citoyens: 100% des Français sont contre l’augmentation des tarifs du gaz et de l’électricité.

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