Ce ne doit pas être la première, mais cette fuite n'a pas profité qu'à quelques initiés puisque les sujets ont été diffusés sur le net. L'organisation d'un examen passé par 650 000 candidats simultanément pose un sérieux problème. A une époque où les résumés d'audition chez le juge se retrouvent dans l'heure sur le bureau du rédacteur en chef d'un journal, comment imaginer qu'une imprimerie va pouvoir préparer des millions d'épreuves, puis les distribuer dans toute la France dans le plus grand secret? La farce est énorme. Les moyens modernes permettraient l'envoi du sujet, une heure avant l'épreuve par courriel, qui serait alors copié (xéroxé disent les asiatiques), mais cela demanderait des équipements dans tous les centres d'examen. Le transport inadéquat par SNCF et camion est bien rôdé et il ne faut pas le changer. Il ne faut rien changer d'ailleurs, car les Français aiment cet examen crée par Napoléon en 1808. Le diplôme du baccalauréat est un diplôme du système éducatif français qui a la double particularité de sanctionner la fin des études secondaires et d'ouvrir l'accès à l'enseignement supérieur. Cet examen a subi beaucoup d'adaptations mais ne peut plus avoir le même renom: la proportion de bacheliers sur une génération est passée de 3 % en 1945, à 25 % en 1975, pour atteindre 65,6 % en 2009 (site du ministère). La réussite à l'examen s'est banalisée, et l'objectif de 80% de bacheliers prôné par le ministre Chevènement est en passe d'être atteint. De même que la formation continue a été instaurée dans la vie professionnelle, un contrôle continu devrait ratifier la fin de ce premier cycle d'études. Un diplôme banalisé doit-il mobiliser 150 000 enseignants et perturber le fonctionnement des lycées pendant tout un mois? Alain Fillon a proposé en 2005 le renforcement du contrôle continu et la diminution de 6 épreuves sur 12 à l'examen final. Il dut faire marche arrière devant les manifestations de plus de 100 000 lycéens qui dégénérèrent en violence. Les slogans reflètent la manipulation tout autant que la mauvaise foi des activistes de ce ministère, dont voici les plus pittoresques: "le projet Fillon vise à détruire le baccalauréat et les diplômes nationaux", "une machine de guerre contre les lycéens...", "réduction massive du niveau de connaissances". Cet examen typiquement jacobin, la même épreuve le même jour en tout point du territoire, bref l'égalité selon Robespierre, n'est pas prêt à être supprimé. Les enseignants feront tout pour le conserver contre vents et marées, et veulent nous faire accroire qu'il en va de l'égalité. Que peut-il y avoir d'inégal à la fin de dix ans d'études, et sont-ils bien placés pour nous donner des leçons d'égalité? Ils doivent donc y trouver un intérêt personnel, malgré les fuites évidentes, quelques corrections fantaisistes, les erreurs administratives, les difficultés à corriger dans la précipitation (les enseignants rechignent à corriger de 100 à 150 copies en dix jours), et malgré l'air du temps européen. Le baccalauréat de Napoléon doit survivre, coûte que coûte, et c'est la seule unanimité des Français sur Napoléon.
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