Le vice-président UMP de l'Assemblée nationale, Marc Le Fur, a déposé le 1er juin un amendement pour assujettir les œuvres d'art à l'impôt de solidarité sur la fortune. Appuyé par des députés de droite comme de gauche, cet amendement a été adopté en commission des Finances et sera soumis dans les prochains jours au vote de l'Assemblée en séance plénière. Le gouvernement s'oppose, la droite se divise, le Premier ministre se fâche, et le député Le Fur persiste. De quoi y perdre son latin, car souvenons-nous! En 1982, le gouvernement Mauroy créait l'impôt sur les grandes fortunes, et exemptait les œuvres d'art. Laurent Fabius, fils de collectionneur d'art, alors ministre du Budget, avait porté le projet d’exonération des œuvres d’art. Le Premier ministre Jospin, en 1998, avait dû demander une seconde délibération à l'Assemblée pour obtenir le retrait d’un amendement semblable déposé par sa majorité. Pourquoi cette mesure d'équité a-t-elle été écartée par tous les gouvernements? Que nous cache-t-on? Les raisons énoncées par l'actuel ministre du Budget, toujours les mêmes, sont peu crédibles: "la première est que nous souhaitons préserver les collections et les artistes et les créateurs (...) dans notre pays", sinon "les créateurs partiront à l'étranger". Quand il s'agit des capitaux, du CAC 40, des vignobles, des châteaux, des entreprises, du savoir-faire et des emplois, les dirigeants restent indifférents, et radicaux. "La deuxième raison est que les œuvres (d'art) font partie, dans le patrimoine privé, des éléments qui constituent à terme les grandes collections publiques". La France est-t-elle destinée à n'être qu'un grand musée? Il est impossible de comprendre ces déclarations, identiques qu'elles émanent de droite ou de gauche, dont la vacuité impose un dessous de cartes. Qui nous fera croire que cette exemption protège les artistes? Les spéculateurs, pour sûr, et le meilleur exemple fut la vente Bergé/Saint-Laurent qui rapporta 373,5 M€. Toutes les pièces de la collection sont parties à l'étranger, Pierre Bergé a empoché indûment toute la somme qui revenait à son compagnon défunt, les artistes concernés n'ont rien gagné, et l'Etat sera resté spectateur, et grand perdant. Pierre Bergé pourra ainsi racheter le journal Le Monde, pour y encourager et mener le combat socialiste, l'égalité et la solidarité... Quelle mascarade!
Les problèmes techniques de l'élargissement de l'assiette de l'impôt, de la mise en place d'une telle taxation sont très complexes, mais est-ce une raison pour ne pas taxer? Sous prétexte de ne pas pouvoir contrôler la vitesse d'une voiture entre deux radars, ou entre deux panneaux de limitation, doit-on supprimer les limitations de vitesse? Le combat semble perdu d'avance, et cette exemption perdurera. Notre impôt sur la fortune restera une exception française, avec une boursouflure, cette exemption singulière. Ce sera la victoire des Pierre Bergé, des marchands d'art, mais sûrement pas celle des artistes ni de l'art. Depuis la fin du XIX° siècle, où beaucoup ont ignoré les Impressionnistes pour leur préférer les Pompiers (on sent l'esprit de revanche dans cette dénomination), une culpabilité s'est transmise de génération en génération, que les margoulins exploitent ad libitum. L'art contemporain, où l'innovation prime sur la qualité, la beauté, nourrit galeristes et certains plasticiens. On ne peut les nommer tous artistes, car leur production est souvent comparable à ce que les financiers appellent les junk bonds, les actions pourries. C'est cet univers de faux-semblant et de spéculation que s'évertue à défendre le gouvernement, "pour ne pas faire effondrer le cours de l'art". De qui se moquent-ils? Les fausses valeurs s'effondreraient, pas Rembrandt, ni Michel-Ange!

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